Le voilà à nouveau, ce vieux débat !
Entre les « Quoi ??! Tu retouches ?? Ahh mais quelle horreur ! », les « Mais c’est de la triche ! » ou encore les « Mais en fait ce n’est plus de la photo ! » on se sent parfois coupable à force, presque à cacher les retouches sur sa photo. On a en effet l’impression de se sentir un imposteur en photographie. Etranger dans son propre pays !

#NOFILTER
Mais qu’en est-il au fond ? Quel est le réel fondement de cette opposition latente qui a mené à l’émergence de ce triste hashtag #nofilter ?

Triste oui, car selon moi (et heureusement beaucoup d’autres), la retouche / édition / post-traitement (choisissez la formule qui heurte le moins votre conscience 😅) entre complètement dans le processus de création artistique et photographique.
Et parfois même dès la composition de la prise de vue. Pour ma part cela devient de plus en plus prégnant, je visualise même l’effet que je recherche dès que je sors l’appareil du sac, parfois même avant, dès mon arrivée sur le lieu de shooting.
Je fais partie de ceux qui aiment avoir un univers, une patte qu’on reconnait en tombant sur le feed. Je ne cherche pas par là à me démarquer volontairement. Il n’y a rien d’ouvertement narcissique derrière cela, mais il est vrai que certaines ambiances / tonalités me parlent plus.
On est tous sensibles à différents stimuli, et le post-traitement me permet d’atteindre ces ambiances, ces couleurs, ces lumières.

Mes poils se hérissent à chaque fois que le sujet frôle ce débat stérile « la retouche c’est de la triche »
Encore récemment, un ami photographe me glisse un innocent « je n’arrive plus à suivre avec votre photoshop » (Ru si tu me lis, dédicace 😘)
Non seulement je n’utilise pas photoshop (uniquement Lightroom, je planifie de me mettre à PS depuis plusieurs années, et je procrastine chaque fois devant la faible ergonomie de l’outil), mais en plus à chaque fois je me sens comme discriminé, montré du doigt, et injustement mis au ban de la société.

En réalité, au nom de quoi, de qui, le hashtag #nofilter s’accapare toute l’attention, tous les lauriers et ne pourrait qu’être seul synonyme de talent brut, de génie transparent et de sincérité ?
Qui a décrété cela ? Quand ? (les réponses avant 1990 ne comptent pas!)
Je trouve certaines créations incroyables, réellement subtiles et fascinantes alors qu’il y a un travail d’édition colossal derrière.

RETOUCHE ET SUBLIMATION
La retouche ne signifie pas forcément ajouter une pleine lune de 4 fois la taille normale dans l’axe de l’église du coin.
Je n’ai jamais caché mon gout pour le post-traitement. Pire, j’ai même complètement assumé le virage franc que j’ai pris depuis plusieurs semaines : j’ai décidé d’améliorer mes compétences en la matière. J’ai vraiment et progressivement découvert que cet aspect de la photographie augmentait de manière exponentielle le potentiel des clichés.
Attention, j’irais même jusqu’à provoquer un peu, car je le pense : un piètre photographe qui manie superbement la souris peut faire des merveilles, alors que l’inverse sera moins évident.

Je le vois chaque jour. De talentueux photographes, qui ont l’oeil, le matériel, la composition, etc… Mais qui délivrent des clichés ternes, sans personnalité. A la limite de la photo naturaliste, prête à remplir les pages des revues spécialisées.
Depuis que je découvre le post-traitement, il m’arrive de revenir sur de vieilles photos et de leur donner une seconde jeunesse, une nouvelle intensité.

En vertu de cela, certains photographes puristes, fanatiques anti Photoshop, gagneraient tellement à ajuster quelques curseurs de lumière et de colorimétrie…
J’ignore si cette aversion pour la retouche relève de la jalousie, de l’incompétence ou d’un esprit inhabituellement obtus, mais je ne me peux m’empêcher de ressentir comme une impression d’inachevé quand je réfléchis aux arguments anti-retouche. Je pense que les personnes qui prennent ces positions s’arrêtent comme à mi chemin.

UN ENGOUEMENT CERTAIN
Pourtant le sujet passionne, intéresse.
Parmi les publications qui marchent le plus, en tous les cas et très modestement, chez moi, sont celles qui présentent les fameux AVANT / APRES.
Bien choisies, ces comparaisons sont parfois bluffantes, et pour moi épanouissantes vu ma démarche actuelle. Car elles révèlent le chemin parcouru. Moi qui ne savait qu’à peine ouvrir l’onglet « développement » de Lightroom. Je ne me servais de cette application que pour cataloguer et classer les photos.

Au

Aujourd’hui, je crois même que c’est l’une de mes phases favorites d’une session shooting. Qui l’eut cru ? Que j’aimerais un jour passer des heures derrière l’écran, au moins autant que d’arpenter la nature, appareil en main… Incroyable, mais vrai.
Partir de rien, voir naître des ambiances, des univers. Attendre ensuite les avis de l’entourage, de la communauté.

L’ARNAQUE DU #NOFILTR
J’ai beau prendre tout le recul possible, je n’arrive décidément pas à comprendre le camp des puristes « anti retouche ».
Leur mauvaise foi est à son comble quand on considère que la moitié (au moins) d’entre eux shoote avec des appareils qui comptent parmi les plus élaborés en terme d’intelligence artificielle, qui va adapter les réglages en fonction de l’analyse qu’elle fera de la situation, de la luminosité, etc…
Les #nofilter ou #nofiltr qui jonchent alors les photos prises avec des iPhone sont le summum de la comédie qui se joue actuellement dans le monde de la photo numérique.
Mais comme tout débat, il n’a de sens que s’il permet l’échange, la confrontation, et l’évolution des points de vue, s’il permet de grandir.
Laissons les oppositions stériles aux groupes facebook, aux twitters de téléréalité, aux commentaires TikTok et aux fans de JUL ou NAKAMURA (désolé c’était moche)…

Allons faire de la photo. Et (sans jeu de mots) mettons le curseur de l’édition au niveau qui nous plait, qui nous ressemble le plus. Je ne juge pas (plus) celui qui voit l’édition comme de la triche. C’est peut être un futur maitre es-Photoshop qui s’ignore. Pour tout dire je voyais d’un œil circonspect les gars qui maitrisaient le post-traitement à mes débuts. Et me voilà, aujourd’hui, à mettre l’accent sur ma formation en la matière.

Je pense que, dans l’imaginaire collectif, on « associe trop souvent le post-traitement au trucage ». Conception un poil erronnée et complètement raccourcie, on ne parle souvent (pour ma part en tout cas) que de déboucher les zones ombrées, de renforcer la saturation (ou au contraire la baisser) ou de baisser la température d’une image.

LES PRESETS
Le succès des PRESETS est l’une des preuves les plus irréfutables que le post-traitement attire. Ce qui explique paradoxalement aussi la controverse qui accompagne tout phénomène de masse. L’incompréhension, la jalousie (« regarde-le lui, il fait de la photo depuis 3 mois et ses photos ont plus de likes ! Facile avec Photoshop… ».
Vous en trouverez pour tous les gouts, à toutes les sauces. Les packs vont de 1 à 50 euros la dizaine de PRESETS. Les thèmes DARK, CINEMATIC, AUTOMN, SUMMER, etc pullulent sur le net.

 

Il ne faut pas oublier que si les PRESETS paraissent LA solution ultime, ce n’est pas par hasard. On a tous dépensé des sommes plus ou moins importantes dans ces promesses électroniques. Moi le premier. Encore récemment.
N’oublions pas que c’est déjà parce que, côté marketing, on n’a pas à faire à des lapins de six semaines. Le packaging fait rêver, les exemples sont sidérants. Les photos AVANT sont retouchées, et bien souvent dans le mauvais sens, ne nous leurrons pas, pour paraître encore plus fades, plus neutres. Cette préparation augmente directement la différence avec la version « APRES PRESET ». On le sait, on le voit. Mais cela attire.
Ils promettent avec un minimum de temps (et d’argent) un succès immédiat, des clichés instagrammables qui vont faire trembler Peter Lik !
Les visuels sont alléchants, les contenus travaillés…
Bref ne vous excusez pas, on tombe tous dans le panneau.
Et je dirais presque que c’est un passage obligé, presque nécessaire.

Les PRESETS sont des solutions TOUT EN UN, selon tous leurs auteurs.
Gardez à l’idée qu’ils ne sont que des BASES ! Des points de départs. Je les considère ainsi en tous les cas. Et cela marche parfaitement pour moi.

Vous n’aurez pas la même image que celle de l’époustouflant « AVANT / APRES » de l’affiche. Il faudra donc revenir sur les curseurs, la luminosité, les réglages locaux seront à ajuster…
Avec le temps, vous développerez votre œil, vos réglages seront rodés. Et vous passerez à l’étape ULTIME ; créer vos PROPRES PRESETS !
Et vous ferez de même. Que ce soit les vôtres, ou ceux fraîchement achetés de Cuma Cevik (les plus utilisés chez moi!), ils ne seront qu’une base et nécessiteront moult ajustements sur chacun de vos clichés.
En faisant cela, vous développerez donc votre patte, qui est à mon sens l’objectif ultime, et jamais définitif, de chacun de nous.

Vous l’aurez compris, la retouche ce n’est pas mal, ce n’est ni pêché, ni Hrram !
C’est un aspect qui entre intégralement et à part entière dans le processus de création. Certains mettront plus l’accent sur la composition, d’autres n’envisageront pas une photo sans édition un peu plus marquée. Le but est d’aimer ce que l’on fait. Simplement. Sincèrement.
Si cela doit passer par quelques coups de souris, soit. Vous trouverez forcément un public.
Ne détournez donc pas le regard quand vous présenterez votre prochaine création. Et soyez fiers au contraire. Fier du chemin parcouru, fier de vous construire artistiquement au travers de chaque cliché, de chaque ambiance ainsi montée, du moment où vous faites votre sac pour la sortie photo au moment où vous exportez le fichier post-traité !

Et vous alors, la RETOUCHE, vous en pensez quoi ??
Des questions sur les PRESETS ?